Chapitre 3.

Au moment où il l’a vue, une vague de soulagement l’a envahi.


L’angoisse des dernières heures s’évanouit. Il est soulagé de savoir qu’elle n’est pas partie sans lui. Même s’il a confiance en elle, ne pas la voir à son réveil n’est pas dans les habitudes de sa soigneuse. Elle n’a jamais loupé un seul jour depuis sa naissance. Sauf quand Linda prenait sa blouse et annonçait à Timo que Zoey était en journée de vacances et qu’elle avait le droit de dormir toute la journée si elle voulait. 

Le petit panda pensait qu’elle avait de la chance de pouvoir faire ça, qu’il aimerait bien aussi. Puis il passait la journée avec Linda dans l’attente de revoir le matin suivant sa soigneuse favorite. 


Voir les prunelles familières de sa Zoey le calme. Il ne sent quasiment rien lorsque l’homme à la blouse blanche lui enfonce une aiguille. Pourtant il n’a jamais aimé ce petit morceau pointu qui s’enfonce dans sa peau. Son museau se retrousse, mais il ne pleure pas. 

Ses prunelles sont fixées sur les yeux verts de Zoey. Elle est à seulement quelques centimètres de son visage. Elle lui murmure que tout va bien se passer. Elle dit même qu’il est un garçon courageux. 

Heureux, il frotte son nez chaud contre la peau de la jeune femme. Elle rigole à son contact ce qui remplit le coeur du petit panda. 

Il tend sa patte avant droite vers elle quand une chaleur arrive dans son dos, puis son cou et le reste du corps. Il laisse retomber son membre le long de lui et cligne plusieurs fois des paupières.

Il ne comprend pas pourquoi la fatigue le prend aussi rapidement. Il n’est réveillé que depuis quelques heures. Pourtant, un immense bâillement vient lui ouvrir la bouche. Zoey se recule par réflexe. Timo couine pour lui faire comprendre qu’il a encore besoin de sa présence. Au moins le temps de s’endormir. 

Les yeux injectés de larmes, elle s’approche de lui. Sa main passe à travers le pelage de son cou. Ses doigts s’enfoncent sous les poils pour chatouiller sa peau. 

Soulagé de l’avoir au milieu des inconnus qui se pressent autour de lui, il ferme les yeux sous le mouvement régulier de la main de sa soigneuse. Elle se rapproche de sa petite oreille ronde attentive, pour lui susurrer la mélodie de son enfance. 

Celle que toutes les soigneuses avaient inventé pour lui faire passer le temps des longues journées à la nurserie, seul.  

Âgé de quelques semaines, il s’était mis à danser au milieu des trois soigneuses, au rythme d’un petit tambourin, qu’elles lui avaient offert quelques jours plus tard. 

Il n’y avait pas d’autres bébés, mais il n’a jamais senti le manque de camarades de jeux. Zoey était la meilleure pour se cacher dans le parcours de mousse. Elle l’attendait toujours avec des gourmandises dans les mains. 

Pour aider Timo à la trouver, elle chantonnait cette chanson, qu’elle lui murmure aujourd’hui. Une comptine toute simple qui reste gravée dans l’esprit du petit animal.

Le corps du panda devient petit à petit plus mou et malgré qu’il lutte pour rester éveillé jusqu’à la fin de la chanson, la fatigue gagne. 

Il fronce le museau quand il croit entendre Zoey pleurer. 

Il n’a pas le temps de s’inquiéter qu’il s’endort sur les mots de sa soigneuse.

— Timo, mon tout beau, un jour je reviendrais, je te le promets, chantonne-t-elle en sanglotant de plus belle. 

Chapitre 2.

— Dépêchez-vous, hurle Liang. 

Xuamei l’observe tétanisé. Pour un premier jour titulaire ici, il ne s’attendait pas à devoir transporter d’urgence un jeune panda à l’infirmerie. 

— Qu’est-il arrivé ? Vous l’avez déjà mis en contact avec les autres ? Une bagarre ? 

Le vétérinaire du centre débite des paroles et des questions, Liang s’empresse d’y répondre aussi rapidement que possible tandis qu’une assistante arrive pour mettre une couverture sur l’animal. 

— Il est froid, déclare l’homme en blouse blanche. 

Même si les trois hommes présents connaissent sur le bout des doigts les pandas, il est difficile pour eux de savoir exactement ce qui peut bien arriver à leur nouveau pensionnaire. 

— Les français sont encore là ? 

Xuamei sort de sa léthargie pour répondre : 

— Oui. Ils ne partent qu’à 11 heures. Ils doivent prendre leur pot de départ avec les journalistes. 

— Qu’est-ce que tu attends, va la chercher ! hurle le vétérinaire.

Sans attendre, le jeune soigneur sort de la salle du cabinet médical du centre pour se ruer vers le hall des départs. 

Des touristes, tranquilles, lui sourient sans se rendre compte de son teint livide.  

Perdre un panda son premier jour serait un signe. Un mauvais de surcroit. 

Cette arrivée est un petit miracle et l’espoir de fonder un nouveau couple. Il ne peut pas devenir mal d’un coup.  A moins que les européens ont menti. 

Il pense à cette solution quand ses pieds dérapent devant l’immense pergola en bois, où sont réunies les délégations diplomatiques des deux pays de l’échange. Ainsi qu’une poignée de personnels du centre. 

— Zoey Mollier, dit-il à bout de souffle. 

L’intéressée se retourne immédiatement. Son expression aimable se disloque en voyant le teint blafard du soigneur. 

— Timo, panique-t-elle. 


Sans avoir besoin de l’inviter à le suivre, elle s’élance en direction de l’enclos. 

Le jeune est obligé de l’arrêter au bout de quelques mètres pour lui indiquer l’infirmerie sur une pancarte. 

Ses enjambées deviennent encore plus rapides et Xuamei peine à la suivre. 

Elle entre dans le local médical sans frapper. Ses yeux papillonnent de droite à gauche, avant d’apercevoir le corps immobile de son protégé. 

Un cri d’angoisse sort de ses lèvres quand elle s’élance vers lui. 

Personne ne l’arrête et elle s’agenouille pour poser son front contre celui du jeune animal en détresse.

Les yeux de Timo s’ouvrent au contact chaud et familier de Zoey.